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Au citoyen Auguste Vaillant.

 

 

L’air, plein de senteurs capiteuses,

Grisait les couples amoureux.

Je vis un homme, aux mains calleuses,

Descendre, en un trou ténébreux.

Le ciel resplendit; juin donne

Son suc d’allégresse et d’espoir,

L’essaim fait son miel et bourdonne…

L’homme est toujours dans son trou noir !

 

Comme on comprend bien la paresse !

Les lézards se disent : « Dormons ! »

Cette brise est une caresse,

Un velours bleu dans les poumons.

— L’homme portait une lanterne;

Mais voyez : les lapins, le loir,

Font leur sabbat dans la luzerne…

L’homme est toujours dans son trou noir ;

 

Un pareil jour, les forêts vertes

Devraient se remplir d’écoliers;

On tient partout, grandes ouvertes,

Les fenêtres des ateliers.

Que fait-il, loin de la lumière ?

C’est au soleil qu’il fait beau voir

Les chantiers de la fourmilière…

L’homme est toujours dans son trou noir !

 

Le grillon tourne sa crécelle,

Puis tout s’apaise et s’embrunit.

Le moineau, la tête sous l’aile,

S’endort dans la chaleur du nid.

N’a-t-il pas fini sa journée ?

Voici les étoiles du soir.

La voûte est toute illuminée…

L’homme est toujours dans son trou noir !

 

Il sort enfin ! quels lieux funèbres

Habite donc ce noir maudit !

On croirait qu’il sort de ténèbres

Bien plus épaisses que la nuit.

O mineur ! c’est le cimetière

Où ton dur métier te fait choir.

Cadavre en vie ou dans la bière,

L’homme est toujours dans son trou noir !

 

 

 

 

 






























 


Èugène Pottier / Poèmes, chants & chansons