« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

UNE PARMI LES MARCHES TRIOMPHALES


 

 

Jaunes fourmis dans l’herbe jaune

jaunes fourmis traversent une douille jaune

jaunes fourmis dans l’herbe verte

l’ont transformée en porte cuivrée de leur fourmilière

jaunes fourmis dans l’herbe verte

marchent maintenant sous la porte jaune

jaunes fourmis dans l’herbe verte

jaunes fourmis défilent sans répit sous l’arc de triomphe

se répandent partout alentour marchent en rangs

jaunes fourmis dans l’herbe verte

marée jaune qui s’écoule d’une douille rouillée

et l’image de ces milliards de pattes jaunes

dans un mouvement et un bruissement perpétuels

jaune chuintement de pattes jaunes

jaune image du jaune chuintement

répandu jaune au-delà de l’horizon

jaune répandu au-delà de l’horizon

et qui évoque la jaune vision d’un couchant

avec des pattes jaunes chuintant en jaune

rampant quelque part vers le bas

jaune image du jaune chuintement

du noir vers le bas ou serait-ce vers la haut ?

répandu jaune au-delà du jaune horizon ?

il rampe donc quelque part vers le noir

avec de jaunes pattes chuintant jaune

dévoré par les mandibules de jaunes et grouillantes

fourmis

Emil Juliš / Intempérie progressive, 1965