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    ­Tout le monde sait que Rose a tué de ses mains, en l’étouf­fant avec une étoupe de laine brune, un petit bâtard, ce qui ne l’empê­che pas de vou­loir se marier, comme tout le monde, en gran­des pom­pes, mais sur le pas­sage du cor­tège les pay­sans ont sus­pendu aux buis­sons des mar­mots en papier, décou­pés dans des alma­nachs et leur ont collé une étoupe de laine brune aux lèvres. À cela ne tienne ? Rose per­suade au marié, un étran­ger, que c’est un hon­neur qu’on leur fait et arrive-t’elle à l’église où le Curé l’attend sur le par­vis, quand celui-ci lui dit sur un ton de repro­che: «Com­ment Rose, te voilà en blanc ?» elle répond crâ­ne­ment, comme si l’on n’en vou­lait qu’à sa pau­vreté:

    — Mon­sieur le curé, je la ferai tein­dre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Mar­cel Jou­han­deau / L’arbre de visa­ges / Cha­mi­na­dour III (1941)