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Les futures poutres sentent le miel -

Ce sont les anciens arbres de la terre,

On les couche en rangées régulières,

On les a roulés contre un rocher.

 

C’est comme un intervalle sans gloire -

La première marche du non-être,

Quand il n’y a plus lieu de plaisanter avec la vie,

Quand ta propre peau est plus proche que tout.

 

Les pins ne pensent pas leur déchéance,

Leur écorce brille d’une lueur de bronze, -

Ajoute à ça la terrible attente

Du premier coup de hache.

 

Ils sont protégés des voleurs et du feu,

Ils sont garantis du ver bossu -

Pour ce soudain coup de hache

La vengeance d’une terre qui a peur.

 

À ce qu’on dit, une route glorieuse les attend :

Tomber dans leurs branches

Et devoir souffrir

Le rôle de simple cadavre.

 

Que peuvent vivre dans une telle heure mortelle

Ces pins venus de temps immémoriaux ?

Ils ne songent qu’à être le mât d’un bateau,

Pour toucher encore une fois les nuages.

 

 























 


Varlam Chalamov / Cahiers de la Kolyma et autres poèmes
traduit du russe par Christian Mouze