« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

RÊVE

 

 

 

Mai 1919

 

Je m’en allais, monté

Sur le dos d’un bouc.

Le vieillard me parla

En ces termes :

« Ceci est ton chemin.

— Celui-là ! cria mon ombre

Déguisée en mendiant.

— C’est cet autre, doré ! »  dirent

Mes vêtements.

 

Un grand cygne me guigna

Et me dit : « Viens avec moi ! »

Tandis qu’un serpent mordait

Ma bure de pèlerin.

 

Les yeux au ciel, je pensais :

Je n’ai pas de chemin.

Les roses de la fin seront

Comme celles du commencement.

En brouillard se transforment

La chair et la rosée.

 

Ma monture fantastique m’emporte

Vers un champ rougeoyant.

« Laisse-moi ! » cria en pleurs

Mon cœur pensif.

Et je l’abandonnai à terre,

Plein de tristesse.

                               Vint

La nuit pleine de rides

Et d’ombres.

                     Et le chemin est éclairé

Par les yeux lumineux et bleutés

De mon bouc.