« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

La Chanson de Limehouse Causeway

 

 




I

Un rat est venu dans ma cham­bre.

Il a rongé la sou­ri­cière,

Il a arrêté la pen­dule

Et ren­versé le pot à bière.

Je l’ai pris dans mes bras blancs.

Il était chaud comme un enfant.

Je l’ai bercé bien ten­dre­ment.

Et je lui chan­tais dou­ce­ment :

Refrain

Dors mon rat, mon flic, dors mon vieux bobby.

Ne sif­fle pas sur les quais endor­mis

Quand je tien­drai la main de mon chéri.

II

Un Chi­nois est sorti de l’ombre .

Un Chi­nois a regardé Lon­dres.

Sa cas­quette était de marine

Ornée d’une ancre coral­line.

Devant la porte de Charly,

A Pen­ny­fields, j’lui ai souri

Dans le silence de la nuit.

En chu­cho­tant, je lui ai dit

Refrain

Je vou­drais, je vou­drais je n’sais quoi.

Je vou­drais ne plus enten­dre ma voix.

J’ai peur, j’ai peur de toi, j’ai peur de moi.

III

Sur son maillot de laine bleue

On pou­vait lire en let­tres ron­des

Le nom d’une vieille Com­pa­gnie

Qui paraît-il, fait l’tour du monde,

Nous som­mes entrés chez Charly,

A Pen­ny­fields, loin des sou­cis

Et j’ai dansé toute la nuit

Avec mon Chin’toc ébloui.

Refrain

Et chez Charly, il fai­sait jour et chaud.

Tess jouait "Daisy Bell"b sur son vieux piano,

Un piano avec des dents de cha­meau.

IV

J’ai con­duit le Chi­nois dans ma cham­bre.

Il a mis le rat à la porte.

Il a arrêté la pen­dule

Et ren­versé le pot de bière.

Je l’ai pris dans mes bras trem­blants.

Pour le ber­cer comme un enfant.

Il s’est endormi sur le dos…

Alors, j’lui ai pris son cou­teau.

Refrain

C’était un cou­teau per­fide et glacè.

Un sale cou­teau rouge de véri­tés

Et de bobards por Poplar,  sur les quais.

Pierre Mac Orlan / La Chan­son de Lime­house Cau­se­way - Musi­que de Mar­ceau 1925-1951