« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

J'étais le preux

 

 

 

J'étais le preux
sans trouille ni
sac d'embrouilles
ne craignant que peu
l'érythème de l'anathème
pas même l'ombre fatidique
fût-elle leurre ou bien mienne

J'écrivais au vent
des virgules latrinaires
insultant l'ordinaire
me gaussant en haut lieu
des cafards en gelée
chapelets de charognes
chahutant ma chevrolette

Je n'étais que poix
en ma propre tanière
émigré au chenil
en adjectif des étrons
mis au ban des étoiles
locuteur du néant
pour baveux nigauds     

J'étais tout jeune ru
goulinant par les venelles
mes glouglous éployés
en échos fanfarons
faisaient se dresser
les gonfalons sur la tête
des robots ménagers

J'attendais l'heure
de la curée apéritive
mon palpitant au bout
d'une pique à saucisses
ne reniant point la tutelle
des dieux à bretelles
à qui j'étais affidé

Foi de mornifleur
Que me reviennent
juteuses baies en bouche
mes rosières envolées
j'en ai l'œil rastaquouère
mes jambes à vos cous
ô vous, belles jardinières !

Dom Corrieras / Maizières-lèd-Metz - juin 2026
photo: sur scène au thépâtre de Woippy. photo Caroline Mauvière, ma fille