« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

HEUREUX

 

 

 

Heureux d'une certaine chose,
Quelque peu secrète
J'étreignais le matin
Avec la force de la déclamation
Je marchais, sûr de mes pas
Sûr de mes visions
Une certaine inspiration m'interpelait : Viens !
Comme un clin d'œil magique,
Comme un rêve qui se manifeste,
Pour m'initier à ses secrets
Alors, je deviens maître de mon étoile dans la nuit…
Fort de ma langue.
Mon rêve à moi, c'est moi-même.
Je suis la mère de ma mère en mes visions,
Le père de mon père,
Et mon propre fils n'est autre que moi-même.

✱✱✱

Heureux d'une certaine chose,
Quelque peu secrète,
Qui me portait sur les airs ses instruments à cordes
Elle me façonnait, refaçonnait
Tel un diamant de princesse orientale :
Ce qui n'est pas chanté maintenant,
En ce matin,
Ne sera jamais chanté.

✱✱✱

Donne-nous, Amour, toute ta crue
Que nous puissions livrer
La noble guerre des sentiments
Le climat est propice
Et le soleil, au matin
Aiguise nos armes

✱✱✱

Ô Amour,
Nul but pour nous
Que la défaite au milieu de tes guerres
A toi donc la victoire
Et prête l'oreille
Aux louanges venant de tes victimes
A toi la victoire ! Bénie sois ta poigne !
Reviens saint et sauf,
Vers nous les perdants !

✱✱✱

Heureux d'une certaine chose, invisible
Je marchais rêvant d'un poème bleu de deux lignes
Oui, de deux lignes…
Traitant d'une joie de portée légère
A la fois visible et secrète :
Celui qui n'aime pas maintenant,
En ce matin, n'aimera jamais

 

Mahmoud Darwich / traduction Kader Rabia