« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

LE MOINEAU TEL QU'EN LUI-MÊME


 

 

Incertitude de l'imitation

Ce crépuscule répandu me convie

A son agilité derrière la vitre de lumière

Je n'ai pas beaucoup rêvé de toi, moineau

L'aile ne rêve pas de l'aile

Et tous deux, sommes inquiétude

 

Tu possèdes ce que je n'ai pas

Le ciel est ta femelle

et le retour du vent au vent, ton gîte

Vole haut ! Tout comme l'âme en moi a soif de

l'âme

Applaudis les jours que tisse ton plumage

Et délaisse-moi si tu veux

Car ma maison, comme mes mots, est exiguë

 

Familier du plafond. Invité plaisant

Familier du pot de basilic posé, comme la

grand-mère, à sa fenêtre

Il sait où se trouve l'eau, le pain, et le piège à

souris

Il ébroue ses ailes. Telle une femme qui nous

échappe, son châle

Et il prend son envol, le bleu

 

Impatiente comme moi, cette fête précipitée

Il égratigne le cœur et le jette sur la paille

Est-il un frémissement qui réside un seul jour

dans les récipients d'argent ?

Et mon courrier est vide de toute distraction

Tu viendras, moineau, quels que soient

Le rétrécissement de la terre et le débordement

de l'horizon

 

Que me dérobent tes ailes ?

Sois tendu. Evapore-toi comme une journée

étourdie

Il faut un grain de blé pour que le plumage

se libère

Que te dérobent mes miroirs ?

Et mon âme a besoin d'un ciel pour que

l'absolu la voie

 

Tu es libre. Et je le suis. Tous deux nous

aimons d'amour l'absent

Pose-toi, que je m'élève. Elève-toi que je me

pose, moineau

Fais-moi présent de la cloche de lumière, et

je t'offrirai

La demeure que le temps habite

Entre un ciel et l'autre

Nous nous complétons

Lorsque nous nous séparons

Mahmoud Darwich / Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?
traduit de l'arabe (Palestine) par Elias Sanbar