« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

AVANT-PROPOS


 

 

Vous savez comme moi, Madame,

Que Platon met hors des cités

Le Poëtastre qui déclame

Des blagues trop fortes pour l'âme

Amoureuse de vérités ;

 

Oui. Tu le sais, oui, ma Mignonne.

Platon eût bien transbahuté

Le Pédantisme qui se donne

Pour plus beau, l'Amour s'en étonne

Que la pure simplicité ;

 

Tu sais le grec… si… comme un ange,

Et que loin de toute Cité

Platon met le rhéteur étrange

Que son propre mensonge mange

Jusqu'à… la préciosité.

 

Hé, bien ! je poursuis la chimère

De vous chanter en bon français,

Qui ne dis pas : j'aime ma mère !

Tout en respectant la grammaire,

Si je veux avoir du succès ;

 

Vais-je, avec l'œuvre que je crée,

Passer pour un menteur aussi ?

Ah ! mon âme en serait navrée !

Non pour moi, ma Femme Adorée !

Pour moi, je n'en ai point souci.

 

C'est pour Vous, dont je chante l'âme,

L'Esprit, même un peu le Baiser,

Le Cœur tel qu'un Soleil enflamme !

Ce serait dommage, Madame,

Que le monde allât supposer…

 

Platon verra, lui, si j'invente,

Si je dis rien d'exagéré…

Ma poésie est la servante ;

Oui, ma Mignonne si savante,

Près de Toi, je suis inspiré !

 

Pour perpétuer la mémoire

De votre suprême Beauté,

Que n'ai-je une lyre en ivoire

Et toujours jeune Antiquité !

 

Oui. pour bien célébrer la fête,

Finissant… au bout de tes doigts,

De ton corps de Femme parfaite,

Et la noblesse de ta tête

Et la puissance de ta voix ;

 

Que n'ai-je la lyre d'un Homme

Connu de tout votre salon,

Qu'avant même d'avoir vu Rome,

Le premier prix des Beaux-Arts nomme

Phœbus… oui Phœbus-Apollon !

 

J'en pincerais fort à mon aise,

Sans savoir en jouer de tout…

Et ça ferait mieux qu'une chaise

Dans la République Française

Oui, ce me semble, on dort debout.

Germain Nouveau / Valentines et autres vers
Illustration : Un poète : Germain Nouveau - peinture par Maty