« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

RETOMBÉES

 

 

Tel geste au piège du présent

La mémoire s'en libère très vite

 

On se souvient encore des bords de mer

du sablier comptant les jours

au sommet de la dune

d'une colonne de lumière dans le lointain

 

On se souvient d'un orage qui roulait

sur les gouffres blancs de la nuit

 

On se souvient des meules sur le pré

qui ont pris le ton gris des choses à l'abandon

 

on se souvient d'un corps disparaissant

sur le souffle de l'adieu

dans une gare

 

On se souvient des lueurs blafardes

abusant chaque lendemain

 

On se souvient d'une page écrite

comme d'un labour semé de cailloux

 

On se souvient même de l'avoir tournée

 

On se souvient des gestes sans attaches

des mots revenus à leur solitude

 

On se souvient de son premier amour

et de sa première cigarette

 

On se souvient

 

Mais on n'a de haut ni de bas

de juste milieu de plan de projet

de point d'équilibre ou de chute

de sens autre que déporté

sur des gisements de fossiles

 

Au milieu d'un camp d'extermination.

Anne Teyssiéras . D'ivoire et de corne