« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

ÉLOGE OU BLÂME


 

 

Eloge ou blâme ? Il disait ce dieu blême

A qui l'aimait des paroles sans timbre

Qu'interprétait un cerveau musical.

 

Vois : les errants dans les cités funèbres,

Las d'invoquer, saignent par habitude

Leur propre vie en dévorant l'absence.

 

A tant lécher les barreaux de leur geôle,

Ils ont limé leur antique douleur

et la muraille a dévoré l'cône.

 

Sans monuments, sans gloire, sans louange

Et sans néant pour s'y précipiter,

Ce sont les corps inhabités du monde.

 

Jadis en eux vivait une mémoire,

Un cri du père — espoir ou désespoir —

Un rien sensible aux battements du jour.

 

Tout ennemi leur était intime

Et tout ami parcelle de leur joie.

Eloge et blâme allaient se rejoignant.

 

Leur athéisme alliait la croyance.

Contre la foi se dressait un vivant

Dont la colère affirmait l'existence.

 

L'aveugle même en lui pouvait surprendre

Un paysage. O double cécité.

Cherchons un dieu pour nier sa présence.

Robert Sabatier / Icare et autres poèmes