« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

Des arbres s’envolent


 

 

Des arbres s’envolent au milieu de la nuit

Et s’envole le rire d’un fou, dormant sur le trottoir, bras sous la tête

S’envolent les dernières paroles des amoureux

Et une idée confuse dans le cerveau d’un philosophe qui se suicidera l’an prochain

S’envole le mâle de la chouette d’une branche à une autre cherchant sa femelle

S’envolent des météores dans des galaxies inconnues des astronomes

S’envole l’air et s’écrase sur lui-même sans que les météorologues s’en aperçoivent

S’envole le peu et rentre dans le nombreux puis devient une partie de lui-même sans que rien ne se passe

S’envolent des poèmes de poètes bohémiens et s’arriment à d’autres écrits venant d’autres langues sans que le critique structuraliste ne les remarque

S’envole le vide dans le vide sans ailes

S’envolent des habits qu’une veuve a oubliés sur la corde à linge parce que le vent a soufflé plus fort que d’habitude

S’envolent les fonctions et les fauteuils des responsables et leurs larges postérieurs à cause d’une fantaisie passagère dictée par l’humeur d’un gouverneur

S’envolent des plumes du poulailler d’un petit village à cause de la pulsion sexuelle d’un coq en furie

S’envole le temps à l’heure de la paresse

S’envole la tortue avec ce poème

Et se rit de son auteur.

Abdallah El Hamel / traduit de l'arabe par Kader Rabia