« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

Un bon vieux chêne


 

 

Un bon vieux chêne sous la tramontane

s’éventait le feuillage époussetait ses glands

gonflant le liège et se mirant le tronc

ventripotent dans l’aqueux reflet d’un proche

marais où cygnes colverts et ragondins

vaquaient et s’ébattaient lorsque soudain

accourus du bosquet voisin deux gloussants

humains enlacés par la taille par le cou

se bécotant tripotant et se léchant la couenne

puis dare-dare et sans chichis fricoti-fricoton

s’installèrent haletants dans l’idoine position

de la croupe offerte rose chair sous le vent

à la fringale d’un dard fringant cannibale   

comme un i jailli des brailles pour coït illico

oh que oui la mignonne contre le fût de l’arbre vénérable

gémit alors cria et supplia encore sous les outrages

virulents du mâle diable tout à son fourgonnage

tisonnage et ramonage jusqu’à épuisement

 

Bienveillant complice Quercus le chenu centenaire

couvrit longtemps du bruissement de son ramage

les mots doux les promesses susurrées à la fin

et tandis que de son surin le coquin incisait et gravait

gravement à même l’écorce la cicatrice pour l’éternité

où ses initiales à celles de sa coquine s’unissaient

dans un cœur épanoui flamboyant épithalame

tout près du marais où cygnes colverts et ragondins

vaquaient et s’ébattaient… lorsque soudain

accourue du bosquet voisin une laie affolée

vint se coucher soumise sous l’emprise

trapue pesante et les telluriques coups de rames

de son singulier animal d’amant sanglier

 

Ah ça, j’en aurai vu !

confiait avec quelque sagesse retenue

l’ancêtre noueux à toute une ribambelle

de renoncules pimpantes jouvencelles

en robes d’or écloses dès les matines

entre les tentacules de ses très nobles racines

Ah ça, j’en aurai vu !

Dom Corrieras -Maizières-lès-Metz, mars 2020