« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

MON CHIEN NOIR


 

 

Mon chien noir va voir en tournée

les maçons des péchés capitaux

la nuit traîner avec des cordes

le miracle de terre et de ciel

le Dieu né du Père Éternel.

 

« Un sale chien la veille de Pâques ! »

A l’entrée des maisons des juges

balayé est mon chien noir

par les femmes des huissiers de portes

et les dames curieuses de Jérusalem.

 

Deux pouilleux à gauche et à droite

et les gémissements sur ses pauvres jambes

Dieu saignant comme viande à boucherie

a le frisson de la triste mort

« Va-t’en, chien noir, le Sang Esprit

« n’est pas pour le museau des bêtes ! »

Par peur des coups sur la route du calvaire

il ne se frotte pas aux souliers des gendarmes.

 

Après dans la salle des Onze

la belle Sainte Mère en châle de deuil

donne du travail à l’un et à l’autre

et sur la table elle mouche la chandelle

Votre place n’est pas là, chien noir

 

mais plutôt celle du pigeon blanc

qui porte un bout d’herbe en son bec.

« J’annonce une révolution :

« autant que possible fermeture de l’enfer

« et bonheur ici-bas à celui qui veut bien faire. »

Max Jacob / Poèmes de Morven le Gaëlique
Illustration : Pierre de Belay (1890-1947) - Portrait Prophétique de Max Jacob, 1932, aquarelle sur papier, 55 x 45,5 cm, dépôt du Musée national d'art moderne