« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

Un novembre


 

 

Un novembre de plus. Te voilà, chiotte, sexagénaire.

Ne m’en veux pas si je jure, mais oh ! l’ascendant

que prennent désormais les jours de pluie et de mélancolie.

 

Tu n’es pas sans savoir, hein, qu’un homme, ça se mesure

des sourcils aux cheveux ? Le nombre de femmes

que t’as possédées, le nombre de livres que t’as fourgués

 

à ton peuple (un de ces mots dont on ne peut plus user),

ça ne compte pas. Lecteur avide, l’ange de l’équité

possède un exemplaire de ton Meilleur Poème, sur papier

 

fanfaron, relié en cuir de licorne, composé en hiéroglyphe,

numéroté de 1 à 1. Toi qui n’en as pas encore pris connaissance,

sache qu’il revêt une forme sans égale : un mystère transparent

 

riche en rimes irréfléchies — la fine pointe de ton intellection,

je te dis : la voix de ton désir regorge de chants sur le cosmos

qu’est ton écritoire avec vue sur un jardin crépusculaire où

 

des hérissons caressables courent ta conscience

                                                    [(un truc comme ça).

La femme qui le lit se transforme sans façons en ton amoureuse.

Tout ce que tu as à faire, mon cher Moi ? Chanter et crever.

Benno Barnard / Le service de mariage
traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Daniel Cunin