« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

LE BRACONNIER


 

 

C’était un bastion de violence —

Me bâillonnant de mes cheveux,

Le vent dépenaillait ma voix, la mer

M’éblouissait, les vies des morts

Se déroulant dans sa lumière en huile.

 

Je subissais la  malveillance des ajoncs,

Leurs piquants noirs,

Le chrême onctueux de leurs fleurs de cierge,

Leur force efficace et leur beauté vraie

Mais forcenée comme un supplice.

 

Un seul lieu d’accès.

Odorants, bouillants,

Les sentiers étroits rampaient vers la combe.

Et les collets s’effaçaient presque —

Zéros béants sur rien,

 

Tendus, autour de quel ventre en gésine.

L’absence de cris

Faisait un trou dans l’air brûlant, un vide.

Et la lumière était un mur de verre,

Taillis reclus.

 

Ce fut comme un effort, une hâte immobile,

Des mains serrées autour d’un bol de thé,

Un cercle obtus, brutal, sur le blanc de la porcelaine.

C’est lui qu’elles attendaient, ces morts fragiles,

L’attendaient en fiancées, l’excitaient.

 

Et nous étions, lui, moi, liés aussi —

Fils de fer tirés entre nous,

Piquets trop enfoncés pour pouvoir s’arracher,

Esprit comme un anneau

Coulissant soudain sur un long corps souple

Et la contraction m’étranglant d’un coup.

Sylvia Plath / Arbres d’hiver
traduction de Françoise Morvan et Valérie Rouzeau