« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

DERNIÈRES PAROLES


 

 

Je ne veux pas une boîte quelconque, je veux un sarcophage

Avec des rayures de tigre, et un visage dessus

Aussi rond que la lune, pour observer le ciel.

Je veux pouvoir les regarder lorsqu’ils viendront

Choisir parmi les minéraux muets, les racines.

Je les vois déjà — ces pâles visages, à des années-lumière.

Actuellement ils ne sont rien, ils ne sont pas même des bébés.

Je les imagine sans père ni mère, comme les premiers dieux.

ILs se demanderont si j’étais importante.

Je devrais sucrer et conserver mes jours comme des fruits !

Mon miroir se couvre de buée —

Si l’on respire encore un peu, il ne réfléchira plus rien.

Les fleurs et les visages deviennent un blanc linceul.

Je ne fais pas confiance à l’esprit. Il s’échappe comme de la vapeur

Dans les rêves, par le trou de la bouche ou de l’œil. Je ne peux l’arrêter.

Un jour il ne reviendra pas. Les choses ne sont pas comme ça.

Elles restent, leur petit lustre particulier

Réchauffé par les mains familières. elles ronronnent presque.

Quand les plantes de mes pieds deviendront froides,

L’œil bleu de ma turquoise me consolera.

Qu’on me donne mes pots de cuivre, qu’on laisse mes pots de rouge

S’épanouir autour de moi comme des fleurs nocturnes, avec une bonne odeur.

Ils m’enrouleront dans des bandelettes, ils mettront mon cœur en réserve

Sous mes pieds dans un paquet soigné.

Je me reconnaîtrai à peine. Il fera sombre

Et l’éclat de ces choses infimes sera plus doux que le visage d’Ishtar.

Sylvia Plath / La traversée
traduction de Françoise Morvan et Valérie Rouzeau