« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

Le givre a les dents longues


 

 

L’hiver a cabossé sa carriole c’est le Soleil qui l’a ébloui !

Le constat amiable est un poème. Pas besoin de tirer trop sur ses cordes, le son de la journée avance en amertume.

Le gitan signait son job d’immensité avant d’avoir guitare, avant de poser le moindre de ses noms sur un papier.

Son dernier salaire : les douleurs décimées de sa famille, les couleurs décimées de l’arc- en-ciel.

Le grand-père raconte qu’il arrache des secrets de jouvence à sa chienne Esméralda, pis que le jour vient où toutes les plaies d’une société jamais cicatrisées donneront un bal. Il a vu des images, les nouvelles de la rue crachées en 13 feuilletons.

Pis la canne d’un autre petit vieux, cassée en mille morceaux.

Et le blocus des CRS avec la mâchoire verrouillée sur le dra-

 

peau français. Le drone quand même assez bête puisqu’il ne peut observer dessous la jupe des filles. Mettre en jaune agressif d’affreux cocards tricolores, ranger la poésie au placard à balai.

Insulter le bleu du ciel d’hiver et puis la cigarette brune de Mozart fumée par Beethoven comme une saint-valentin du travail bien fait !

Un chantier de chant marin, une lumière alléchante, ce qui parait touffu nous parfume, aujourd’hui sans le sou, demain sans autres soins, je sauverai mille et une poignées de mains d’âge mûr mais le babil d’une laideur l’autre, je m’en tape !

Le faux-bourdon, un vieux gabier de la marine nuptiale, vient nous murmurer que Monsanto remettra l’insecte dans son pantalon pattes d’éph, que l’amitié passera son temps à forger des verges, on s’y marie encore et pourtant de la Mairie de Verny j’aimerais faire une Manufacture des tubas, à l’enseigne des trombones, et sur l’échafaud de la place du Marché, on zigouillerait le TGV, l’estafette qui ne s’arrête pas, l’imbécillité qui s’époussette avec saleté, on tue nos Arbres, on bêtasse la vigilance et l’attention mais bientôt plus d’oiseaux sur l’épaule, l’écharpe du brouillard jusqu’au nez, les braillards n’épargnent pas la caisse de dépôts des jours ordinaires, sens dessus sans le sou, je cherche un timbre pour l’enveloppe, mon timbre de voix pour envelopper mon droit à refuser d’horribles journées soudées à la patte des Banquiers ! Je me cantonne à cette richesse, murmure le Migrant : devenir président de la République des poèmes !

Soleil à califourchon sur les premiers bourgeons, ou n’est-ce qu’olives ou pépites noires, ces petits yeux d’oisillon 

 

morts …

 

 

Claude Billon / inédit - février 2019