« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

APRÈS LE FEU


 

 

Est-ce encore une église ? Ces pilastres

Ont vacillé dans l’étreinte du feu.

Rien que le plâtre noirci ce que fut leur faîte,

Anges et fruits y ont fermé leurs yeux.

 

Et déserte est la nef. Une statue,

De sainte, à demi-nue, y veille seule.

Le feu sur elle aussi a a f it son œuvre

Dehors, pourtant, la ville, tout son bruit.

 

Qui désespère, qu’il entre ici, c’est plus qu’un dieu

Cet absolu qui erra dans la flamme.

Ce fut presque de l’être, ce vent qui prit

 

Dans la calcination d’une lumière.

Aimez ce sanctuaire, mes amis,

Où se dénouent les signes, c’est presque l’aube.

Yves Bonnefoy / BRIEFWEGE