« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

À Hermione, pour qu’elle cache ses seins


 

 

Je t’avertis, cache tes seins éblouissants !

Et cesse d’affoler tes malheureux amants.

Moi-même, qu’engourdit une froide vieillesse,

Tu m’excites, m’enflammes imprudemment. Aussi,

Je t’en préviens, cache ces seins éblouissants,

Autour de ta poitrine noue un bandeau pudique.

En voilà des façons d’exhiber sans un voile

Une gorge laiteuse et un bouton de sein !

Ou bien voudrais-tu dire : « Embrasse-moi ces seins,

Couvre de tes baisers ma gorge étincelante » ?

Me dis-tu : « Touche-les, touche-les, palpe-les » ?

Est-ce ainsi que l’on va, offerte, les seins nus ?

Est-ce qu’on se promène ainsi la gorge offerte ?

Autant dire : « Demande, demande, je me livre ».

Autant nous provoquer à te faire l’amour.

Donc, cache, s’il te plaît, ces seins éblouissants

Sur ta jeune poitrine noue un bandeau pudique

Ou, tout vieux que je suis, sur elle je fondrai

En sorte de te faire oublier mon grand âge.

Oui, Hermione, Tithon, s’il pouvait voir tes seins,

Tithon retrouverait le nerf de ses vingt ans !

Giovanni Gioviano Pontano / Hendécassyllabes ou baies - Livre Premier