« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

À QUI DE DROIT


 

 

Brûle aux yeux des femmes

Et garde ton cœur,

Mais crains la langueur

Des épithalames.

 

Bois pour oublier !

L’eau-de-vie est une

Qui porte la lune

Dans son tablier.

 

L’injure des hommes

Qu’est-ce que ça fait ?

Va, notre cœur sait

Seul ce que nous sommes.

 

Ce que nous valons

Notre sang le chante !

L’épine méchante

Te mord aux talons ?

 

Le vent taquin ose

Te gifler souvent ?

Chante dans le vent

Et cueille la rose !

 

Va, tout est au mieux

Dans ce monde pire !

Surtout laisse dire,

Surtout sois joyeux

 

D’être une victime

À ces pauvres gens :

Les dieux indulgents

Ont aimé ton crime !

 

Tu refleuriras

Dans un élysée.

Âme méprisée,

Tu rayonneras !

 

Tu n’es pas de celles

Qu’un coup de destin

Dissipe soudain

En mille étincelles.

 

Métal dur et clair,

Chaque coup t’affine

En arme divine

Pour un dessein fier.

 

Arrière la forge !

Et tu vas frémir

Vibrer et jouir

Au poing de Saint George

 

Et de Saint Michel,

Dans des gloires calmes

Au vent pur de palmes

Sous l’aile du ciel !…

 

C’est d’être un sourire

Au milieu des pleurs,

C’est d’être des fleurs

Au champ du martyre,

 

C’est d’être le feu

Qui dort sous la pierre,

C’est d’être en prière,

C’est d’attendre un peu !

Paul Verlaine / Cellulairement