« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

Les os

 




Holà holà, ce sont mes os,

Déchirant cette chair infecte

Et pleine d’angoisse du temps que je vivais,

Voilà délavée par la pluie,

Et brusquement sortie, la pointe de mes os.

 

Ils sont sans éclat,

Et c’est tout juste inutilement blancs,

S’ils absorbent la pluie,

Si balayés par le vent,

Ils reflètent un peu de ciel.

 

Du temps que je vivais,

Il leur arrivait aussi de s’asseoir,

Et dans la foule d’un restaurant,

De manger des légumes cuits à l’étuvée,

A ces souvenirs comme je me sens drôle.

 

Holà holà, ce sont mes os —

Celui qui regarde mes os, moi ?   Comme c’est drôle.

Est-ce mon esprit qui subsiste,

Et revenu là où ils sont,

Les regarde comme ça ?

 

Au bord d’une petite rivière de mon pays natal,

Debout dans l’herbe à moitié morte

Celui qui regarde ainsi — moi ?

Presque de la hauteur d’un poteau indicateur

Mes os dressent leur pointe blanche.

Nakahara Chûya / Chansons des jours d’antan - À l’âme de mon enfant mort Fumiya