« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

Perdre

 

 

 

 

 

L’émotion

qui t’a obligé à déposer, hâtivement, une esquisse

en brindilles de mots

 

ne pourra que

vouloir

        comme un

        linge mouillé se tord,

se visser,

dans ces maigres phrases infirmes,

jusqu’à les blanchir,

exsangues, affadies,

jusqu’à se dévorer elle-même, en les tuant,

— bouche qui s’avale —

dans un nœud de silence.

 

Et il faudra qu’à chaque fois,

séparé d’elle, malgré elle,

ignorant même le souvenir

de son goût,

revenant de partout — pieds titubants,

vagues circuits, soins distribués au vide —,

tu la

reconstitues

que de tout,

mors de paille hachée, images

effondrées,

tu mâches et craches une matière blême,

laborieusement assouplie, mouillée,

qui, sous tes dents, dans tes mains,

tatouée, tapotée, modèlera,

en creux,

la place,

le geste de ce

qui ne cesse d’être mort.

 

 

 

 

 











 


Claude Mouchard / Perdre (extrait)