« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

Vagabond

 

 

 

Je quitte de nouveau la ville bruyante

Et me mets en route éternellement seul.

Le soir sombre s'éteint sans un mot,

Je me couche dans un champ sous un arbre vert.

 

J'oublie le terrible vacarme du lointain,

Je sens le baiser des jours anciens.

La nuit magnifique des rêves lumineux

Apporte à mon cœur un plaisir inconnu…

 

Je sens les douleurs des hommes éloignés,

J'entends les pleurs de l'eau qui murmure,

J'enlace la terre, je sanglote fiévreux,

Avec les astres luisants je rêve doucement.

 

Aux passants sans logis je demande du pain,

Je bois l'eau de la claire fontaine,

Serein et sincère sous le vaste ciel,

Avec les tendres fleurs je m'endors en paix.

 

1907-1908

VAHAN TERIAN (1875-1920), poète arménien
Traduction par Louise Kiffer (Sarian)