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Il est un être grand, supérieur ;

pour lui, l’existence du ciel et de la terre ne représente qu’une journée,

les milliers d’années ne sont qu’un instant.

Le soleil et la lune, une porte et une fenêtre,

et les huit déserts, une cour.

Il se déplace sans laisser la trace des roues de son char,

il n’a pas de demeure fixe ;

il prend le ciel pour tente et la terre pour natte :

il vit selon ses désirs.

S’il s’arrête, c’est pour prendre un verre ou une coupe ;

s’il se dérange, c’est pour acheter du vin :

il ne s’occupe que de boissons,

le reste ne l’intéresse pas.

Alors certains jeunes nobles

et des bourgeois respectables,

connaissant ma conduite,

discutent ma façon d’agir ;

ils relèvent leurs manches, s’attrapent par le revers de leur habit,

et, les yeux furieux, les dents serrées, exposent leurs points de

vue moraux pour juger mes actes,

les pour et contre s’élèvent comme un essaim.

A ce moment-là, le seigneur emplit une aiguière

et, une coupe sur la bouche, il savoure le vin.

Ivre, les moustaches hérissées, il s’accroupit avec dédain ;

il pose sa tête sur le ferment de la liqueur comme sur un

oreiller, ou il s’appuie sur le marc :

il n’a ni pensée, ni souci,

sa joie est immense !

Tantôt ivre,

tantôt dégrisé ; même attentif, il n’entend pas le tonnerre,

même en fixant son regard, il ne voit pas le T’ai chan .

Il baisse la tête, regarde les êtres et les choses qui fourmillent comme

les lentilles d’eau flottent sur les fleuves Kiang et Han ;

deux domestiques robustes restent à ses côtés pour le servir,

je les considère comme des guêpes ou des chenilles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

























 


King Lieou (Po-louen Lieou).