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recours didactique

 

Mes camarades au long cours de ma jeunesse

si je fus le haut lieu de mon poème, maintenant

je suis sur la place publique avec les miens

et mon poème a pris le mors obscur de nos combats

 

Longtemps je fus ce poète au visage conforme

qui frissonnait dans les parallèles de ses pensées

qui s’étiolait en rage dans la soie des désespoirs

et son cœur raillait de haut la crue des injustices

 

Maintenant je sais nos êtres en détresse dans le siècle

je vois notre infériorité et j’ai mal en chacun de nous

 

Aujourd’hui sur la place publique qui murmure

j’entends la bête tourner dans nos pas

j’entends surgir dans le grand inconscient résineux

les tourbillons des abattis de nos colères

 

Mon amour tu es là, fière dans ces jours

nous nous aimons d’une force égale à ce qui nous sépare

la rance odeur de métal et d’intérêts croulants

tu sais que je peux revenir et rester près de toi

ce n’est pas le sang, ni l’anarchie ou la guerre

et pourtant je lutte, je te le jure, je lutte

parce que je suis en danger de moi-même à toi

et tous deux le sommes de nous-mêmes aux autres

 

Les poètes de ce temps montent la garde du monde

car le péril est dans nos poutres, la confusion

une brunante dans nos profondeurs et nos surfaces

nos consciences sont éparpillées dans les débris

de nos miroirs, nos gestes des simulacres de liberté

je ne chante plus je pousse la pierre de mon corps

 

Je suis sur la place publique avec les miens

la poésie n’a pas à rougir de moi

j’ai su qu’une espérance soulevait ce monde jusqu’ici

 

 

 

 

 

 


























 


Gaston Miron / La vie agonique