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Je me souviens de vous nuages gazomètres

Accordéon amer extase des lieux vagues

Amour malade amour sorcier des quartiers pauvres

Quand il pleut sur la mer dans le sommeil du diable

 

Amour de nulle part fascination de l’au-

Delà dans les coins borgnes les ruelles basses

Je me souviens de vous le souvenir s’efface

Mais la mémoire s’ouvre à une autre mémoire

 

Ce fut toujours la même douceur ténébreuse

Lointains ensorcelés de neiges et d’alcools

Le chant du coq faisait pleuvoir les nébuleuses

À la porte du soir frappait le roi des Aulnes

 

Amour perdu amour sorcier des quartiers pauvres

Semblable à la rumeur des vagues sur la digue

Semblable à l’herbe sèche qu’on brûle en Septembre

Sur les talus rouillés des banlieues de l’Automne

 

Semblable à ce galop de cloches dans la brume

Pour quelle Épiphanie quelle fuite en Egypte

Peut-être dans le spasme noir de notre mort

Donnerons-nous le jour à l’enfant qui nous hante

 

Non je n’ai rien vécu mais pourtant sous la cendre

Quel vertige profond du sang autour du cœur

Et quels cris de sirènes là-bas vers les îles

À l’endroit du voyage où flambe le navire

 

Je me souviens amour ombre prémonitoire

Le roi dans son exil rencontre la Folie

Il devient ce mendiant ce frère de ténèbres

Mais nous effeuillerons nos jours dans sa sébile

 

Vieux manoirs sous la pluie Ballade des lieux vagues

Il vend à la criée son royaume de sable

Notre-Dame du Soir lui sourit dans les flaques

Le vent souffle à travers le bois des palissades

 

À minuit le quinquet d’un bureau de tabac

Lui promet l’aventure et la lune en partage

Sur le pavé houleux à la minuit des halles

Le poisson mort dégorge une lune d’argent

 

À l’aube il abandonne sa vie ivre morte

À la belle étoile des stations de métro

Un chien errant lui vole son âme au passage

Et la banalité se meurt de sortilèges

 

Ce fut toujours la même douceur ténébreuse

Ainsi descendent les péniches sur le fleuve

Sans bouger de place mais toutes fugitives

Portées par la musique aveugle des écluses

 

Une odeur d’acacia un air d’accordéon

Une fleur un nuage une chambre d’hôtel

De chaque pas perdu le monde coule à pic

Par-dessus l’horizon dans les rêves de l’ombre.

 

 

 

 

 

 
































 


Christian Bachelin / in Un nouveau monde - Poésie en France - 1960-2010