UNgaretti-1.jpg

 

 

 

 

 

Amour, mon juvénile emblème,

Revenu dorer la terre,

Épars dans le jour rocheux,

C’est la dernière fois que je regarde

(Au pied du ravin, d’eaux

Brusques somptueux, endeuillé

d’antres) la traînée de lumière

Qui pareille à la plaintive tourterelle

Sur l’herbe distraite se trouble.

 

Amour, santé lumineuse,

Les années à venir me pèsent.

 

Lâchée ma canne fidèle,

Je glisserai dans l’eau sombre

Sans regret.

 

Mort, aride rivière…

 

Sœur sans mémoire, mort,

D’un seul baiser

Tu me feras l’égal du songe.

J’aurai ton même pas,

J’irai sans laisser de traces.

 

Tu me feras le cœur immobile

D’un dieu, je serai innocent,

Je n’aurai plus ni pensers, ni bonté.

 

L’esprit muré,

Les yeux tombés en oubli,

Je servirai de guide au bonheur.

 

 

1925

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


























 


Giuseppe Ungaretti / Sentiment du temps
Traduit de l’italien par Philippe Jaccottet