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Quel royaume, quel siècle, et selon que tournoie

Quel concours sidéral, quel jour que cherche en vain

La mémoire du marbre, ont-ils commis le vin

Au rôle singulier d’inventeur de la joie ?

Fils des automnes d’or, les générations

Ont toujours vu son flot rouge qui coule comme

Le flot du Temps ; toujours aux durs chemins de l’homme

Il prodigua son chant, sa flamme et ses lions.

Il exalte la joie ou chasse l’épouvante

Dans la nuit de liesse ou dans l’aube d’ahan ;

Ce dithyrambe neuf qu’aujourd’hui je lui chante

L’Arabe le chantait jadis, et le Persan.

Vin, fais-moi voir ma vie, et déjà la comprendre

Dans son essence, comme un peu de vague cendre.

 

 

 

 

 




























 


Jorge Luis Borges / L’or des tigres
Photo : Borges-en-Sicilia-Palermo-1984-©-Ferdinando-Scianna-Magnum