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Créée par Germaine Montero

 

 

 

I

 

Un rat est venu dans ma chambre.

Il a rongé la souricière,

Il a arrêté la pendule

Et renversé le pot à bière.

Je l’ai pris entre mes bras blancs.

Il était chaud comme un enfant.

Je l’ai bercé bien tendrement.

Et je lui chantais doucement :

 

 

Refrain

 

Dors mon rat, mon flic, dors mon vieux boby,

Ne siffle pas sur les quais endormis

Quand je tiendrai la main de mon chéri.

 

 

II

 

Un chinois est sorti de l’ombre,

Un chinois a regardé Londres,

Sa csquette était de marine

Orné’ d’une ancre coralline.

Devant la porte de Charly,

À Pennyfields, j’lui ai souri,

Dans le silence de la nuit,

En chuchotant je lui ai dit :

 

 

Refrain

 

Je voudrais, je voudrais je n’sais trop quoi,

Je voudrais ne plus entendre ma voix.

J’ai peur, j’ai peur de toi, j’ai peur de moi.

 

 

III

 

Sur son maillot de laine bleue

On pouvait lire en lettres rondes

Le nom d’une vieill’ « Compagnie »

Qui, paraît-il, fait l’tour du monde.

Nous sommes entrés chez Charly,

À Pennyfields, loin des soucis.

Et j’ai dansé toute la nuit

Avec mon Chin’toc ébloui.

 

 

Refrain

 

Et chez Charly, il faisait jour et chaud.

Tess jouait « Daisy Bell » sur son vieux piano

Un piano avec des dents de chameau.

 

 

IV

 

J’ai conduit l’Chinois dans ma chambre.

Il a mis le rat à la porte,

Il a remonté la pendule.

Il a rempli le pot à bière.

Je l’ai pris dans mes bras tremblants

Pour le bercer comme un enfant.

Il s’est endormi sur le dos…

Alors, j’lui ai pris son couteau.

 

 

Refrain

 

C’était un couteau perfide et glacé,

Un sal’ couteau rouge de vérités,

Un sal’ couteau roug’… sans spécialités.

 

 

  (1926-1951.)

 

 

 

 

 

 

 

 


















 


Pierre Mac Orlan / Chansons pour accordéon