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Elle nomme le lit, qui est plus vaste

Que le pays qui s’étend devant eux,

Ce désordre de flaques et de joncs,

Et des lumières, où des ailes remuent.

 

Et lui nomme la pierre,

Ses masses fissurées, ses grands creux d’ombre,

Puis l’un et l’autre nomment la nuit qui vient,

Un pour la dire obscure, l’autre claire.

 

Que l’on donne deux noms à ce ce que l’on aime !

Écrire à deux le monde aurait quelque sens,

Dit à Adam rêveur Ève soucieuse.

 

Ils vont, ils ont nommé, tant les mots veulent bien,

Une maison, le safre, une huppe, un ravin,

Un lit au loin, déjà couvert de pierres.

 

 

 

 

 




















 


Yves Bonnefoy / L’heure présente