paul-verlaine-metz-samedien8.jpg

 

 

 

 

 

Tu n’es pas la plus amoureuse

De celles qui m’ont pris ma chair;

Tu n’es pas la plus savoureuse

De mes femmes de l’autre hiver

 

Mais je t’adore tout de même!

D’ailleurs, ton corps doux et bénin

A tout, dans son calme suprême,

De si grassement féminin,

 

De si voluptueux sans phrase,

Depuis les pieds longtemps baisés

Jusqu’à ces yeux clairs purs d’extase,

Mais que bien et mieux apaisés!

 

Depuis les jambe et les cuisses

Jeunette sous la jeune peau,

A travers ton odeur d’éclisses,

Et d’écrevisses fraîches, beau.

 

Mignon, discret, doux petit Chose

A peine ombré d’un or fluet,

T’ouvrant en une apothéose

A mon désir rauque et muet,

 

Jusqu’aux jolis tétins d’infante,

De miss à peine en puberté,

Jusqu’à ta gorge triomphante

Dans sa gracile vénusté.

 

Jusqu’à ces épaules luisantes,

Jusqu’à la bouche, jusqu’au front

Naïfs aux mines innocentes

Qu’au fond les faits démentiront,

 

Jusqu’aux cheveux courts et bouclés comme

Les cheveux d’un joli garçon,

Mais dont le flot nous charme en somme,

Parmi leur apprêt sans façon,

 

En passant par la lente échine

Dodue à plaisir, jusques au

Cul somptueux, blancheur divine,

Rondeurs dignes de ton ciseau,

 

Mol Canova! jusques aux cuisses

Qu’il sied de saluer encor,

Jusqu’aux mollets, fermes délices,

Jusqu’aux talons de rose et d’or!

 

Nos nœuds furent incoërcibles?

Non, mais eurent leur attrait leur.

Nos feux se trouvèrent terribles?

Non, mais donnèrent leur chaleur.

 

Quand au Point, Froide? Non pas, Fraîche,

Je dis que notre « sérieux »

Fut surtout, et je m’en pourlèche,

Une masturbation mieux,

 

Bien aussi bien les prévenances

Sussent te préparer sans plus,

Comme l’on dit, d’inconvenances,

Pensionnaire qui me plus.

 

Et je te garde entre mes femmes

Du regret non sans quelque espoir

De quand peut-être nous aimâmes

Et de sans doute nous ravoir.

 

 

 

 

 





























 


Paul Verlaine / Poèmes érotiques / Femmes