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Un homme peut avoir des palais sur la mer

Où rien n’assombrirait un océan d’orgueil ;

Il peut s’être bâti, en sa richesse immense,

Un refuge, en prenant la montagne pour femme.

Un temps vient que lui-même est pauvre et qu’il implore

D’avoir ce plus que l’or qui lui vaudrait la vie :

Heure de solitude : une porte émouvante,

Une chambre accueillante agiront en épouse

Et calmeront la peur qu’il a que l’Ennemi

Lui vole aussi son souffle afin de s’en repaître :

Alors, et seulement alors, un trou quelconque,

Plus que la terre qui l’enserre et tout son or,

Sera le seul trésor qui puisse libérer

Un homme qui n’a même pas son âme à lui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Alfred Kreymborg / Selected Poems
traduit de l’anglais (américain) par Maurice Le Breton
Photo : Alfred Kreymborg by Margrethe Mather