« Il n'y a pas de plus grand poète.
Il y a la poésie. »

Paul Fort (Canzone du vrai de vrai / Portraits sur le sable)

LE CHANT DES PYGMÉES

 

 

 

 

La forêt est grande, le vent est bon :

En avant les Bé-kü, l'arc au bras !

 

Par ici, puis par là, par là et par ici.

Un cochon ! — Qui tue le cochon ?

C'est Nkü. — Mais qui le mange ? — Pauvre Nkü !

Dépèce-le toujours : tu te régaleras des tripes...

 

Pan ! un éléphant par terre !

— Qui l'a tué ? — C'est Nkü !

— Qui aura ses belles dents ? — Pauvre Nkü !

Abats-le toujours : ils te laisseront la queue...

 

Sans maison, comme les singes.

Qui ramasse le miel ? — C'est Nkü.

— Et qui le lèche à s'en faire en ventre ? — Pauvre Nkü !

Descends-le toujours ; ils te laisseront la cire !...

 

Les blancs sont là, des bons blancs !

— Qui est-ce qui danse ? — C'est Nkü !

— Mais qui fumera son tabac ? — Pauvre Nkü !

Assieds-toi quand-même, et tends la main !

 

 

 

 










 

Blaise Cendrars / Anthologie nègre / Poésies, chansons et danse